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Campagne Groupe Alsace - Chapitre 1

Publié : 07 août 2025, 19:52
par AV_Warpig
Rapport de campagne - Alsace

11 janvier 1943.
Quelque part en Angleterre…

Comment ça, « c’est pas assez précis » ?

Si je vous dis que c’est sur l’aérodrome de Horne, dans le comté de Surrey, à l’est de Guildford, vous allez prendre cet air concentré, hocher du menton, froncer les sourcils et avoir cet air de celui qui s’apprête à dire que ah oui oui bien sûr, ça lui dit quelque chose ? Avant de vous couvrir de ridicule et demander « Y a un pub, pas loin, non ? », admettez que ça ne vous évoque rien et fermez vos gueules, car la situation est sérieuse : le monde est en guerre. La France, ce grand pays porte-étendard de la démocratie et de la liberté, s’est prise une fessée cul-nul par son voisin d’outre-Rhin il y a maintenant deux ans et demi et n’est plus qu’un pantin qui n’ose plus éternuer sans l’autorisation de Berlin.

Mais la France n’est pas qu’une masse de cocus désormais convaincus que boarf, la démocratie, la liberté, on en fait tout un fromage, qu’en fait, l’Allemand, en vrai, c’est pas si moche, comme langue, ou que M. Peskovic, au 3e, a peut-être les doigts et les lobes d’oreilles respectivement un peu trop crochus et pendants pour être totalement honnête. Non. La France, ce sont aussi de courageux résistants qui ne s’avouent pas vaincus. Et parmi eux, des pilotes qui n’ont pas hésité à traverser la Manche, affronter une gastronomie encore plus dégueulasse que la météo, et mendier à la RAF quelques aéronefs du cru afin de monter un groupe de chasse : le groupe Alsace.

Comment ça, « pourquoi Alsace » ?

Ben heu… Peut-être parce que c’est une région qui, au contraire des autres régions françaises, n’a pas eu la chance d’être simplement occupée ou administrée par un vieillard sénile, libidineux et antisémite, mais a été purement et simplement annexée par le Reich. Alors oui, d’accord, certains ne manqueront pas de souligner que parmi les pseudo « malgré nous » de la région, il y en a qui ne rechignent pas à faire des heures supplémentaires… Certes, en Alsace, on mange encore de la choucroute sans rougir de honte. Et je vous le concède, le groupe se serait appelé « Bourgogne-Franche-Comté », il y aurait peut-être moins de débat sémantique, mais c’est comme ça, et pour rappel, ceci devait être un compte-rendu en images, et pour le moment, il y a zéro image, beaucoup d’interruptions malvenues et d’élucubrations vaines alors, on se concentre sur le sujet, s’il-vous plaît.

Bref. Dans ce coin perdu d’Angleterre, dans le comté de Surrey, à l’est de Guilford, là où je confirme qu’il y a bien un pub, ces Français Libres sont avides de montrer aux Allemands de quel bois ils se chauffent. Mais avant cela, et parce que les Anglais ont beaucoup de défauts, mais ils ne sont pas stupides, ils imposent à ces nouveaux venus à l’accent rigolo de passer plusieurs séances de tests. Ce n’est qu’après les avoir passées avec succès qu’ils accepteront de les laisser partir au combat à bord du fleuron de la RAF : le Supermarine Spitfire.

CHAPITRE 1
La Formation


Mission 1
Le premier exercice est on ne peut plus simple : décoller, atterrir, redécoller, re-atterrir, re-redécoller et re-re-atterrir. Simple ! Ah, une précision tout de même : il s’agira d’effectuer toutes ces étapes avec un seul et même appareil, et sans déranger le moindre mécano pour déplier une pale d’hélice, remplacer un volet, recoller une aile, ou désencastrer un manche à balai d’une orbite. Eh oui, certains font moins les malins, d’un coup.

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Dans la froideur matinale, les « Autruches Garnies » comme certains (moi, en tout cas) aiment à les appeler s’élancent pour leur premier lâcher en solo. Ici, Bed resserre ses sangles, pousse la manette des gaz…

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…et exécute la célèbre magnifique figure artistique dite « de l’escargot » sous les vivas de ses camarades. Une performance, bien évidemment, parfaitement volontaire visant à impressionner le jury d’entrée de jeu. Bed aime impressionner les gens. Et maintenant, il va encore plus les impressionner en effectuant un déco en étant un peu plus doux avec la manette des gaz.

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Après cette entrée en matière digne des plus grandes années autruchiennes, Warpig et les autres décollent à leur tour pour prouver qu’après avoir volé sur MS 406, évoluer sur Spit ne sera qu’une formalité pour l’élite de la chasse française.

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Les tours de piste se déroulent sans encombre, à l’image de Riri qui ici pose son Spitfire avec délicatesse.

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« Alors, il est où déjà le bouton pour activer la radio… Ah oui, c’est celui-là ! »
Oups.
Là ça va être plus compliqué de prétendre que Bed a intentionnellement tenté d’impressionner quelqu’un.
Ah, et si vous trouvez qu’il y a beaucoup de photos de Bed, c’est parce que c’est au cours de cette période qu’il faut profiter de sa présence.

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D’ailleurs, c’est en sa compagnie que Warpig effectue ses tours de piste, sans même savoir que bientôt, il se ferait plus rare qu’un curé dans une rave-party.

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En ce jour, K4ngoo, Erel, Bed, Riri, Setzer, Vaught et Warpig ont tous passé l’examen avec succès, et volent fièrement en formation pour célébrer leur qualification sur Spitfire. Personne n’a encore osé leur dire que c’était la première de trois épreuves, s’agirait pas de leur gâcher leur moment non plus.

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Rien de plus à dire, la photo est jolie. Il fait beau. La formation est bien tenue. Bed est là. C’est pas tous les jours qu’on peut réunir toutes ces conditions pour un cliché.
Allez, retour au bercail, demain c’est exercice de tir !

Mission 2
Parce que c’est bien beau de voler avec un Spit et le faire rejoindre le sol sans lui infliger de dégâts. Mais l’objectif, quand on monte dans ce genre d’appareil, c’est aussi d’infliger des dégâts aux autres. Et quand on dit « aux autres », on parle exclusivement des vilains Allemands et pas des « autres » en général, alors potassez aussi l’identification, la bleusaille.
Mais en attendant, il incombe aux pilotes du groupe Alsace de prouver qu’ils sont capables de loger du plomb dans des cibles volantes.

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Ces cibles volantes, pour l’exercice du jour, seront des planeurs vides tractés par des C-47. La consigne primordiale, qui l’emporte sur toute autre : pas de passe dans les 6 heures des cibles pour ne pas compromettre la sécurité des pilotes de C-47. Simple aussi. Enfin, sur le papier.
Divisés en deux groupes, les pilotes de l’Alsace s’élancent, d’abord avec le groupe « Karto » (un hommage à la gastronomie régionale alsacienne, mais qui sonne un peu collabo si je peux émettre un avis personnel) composé de Vaught, Bed et Setzer…

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Et un second groupe, « Bretzel », emmené par le nouveau leader d’escadrille K4ngoo, avec Riri, Warpig et Erel à sa suite. Fidèle à une antique tradition gauloise, Riri décolle en trombes, dépasse son leader et tire sur le manche comme un fou furieux, en hurlant à la radio « Laissez-les moi ! Laissez-les moi ! ».

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Dans le plus pur respect des consignes, Bed s’interdit la passe mitrailleuse dans les six heures et opte plutôt pour une passe mitrailleuses dans les six-heure douze…

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Et découpe la profondeur du planeur avec son hélice. « Ben quoi, ça compte, non ? »

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Vaught dans ses œuvres. « Ouais, ça passe large ! »

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C’est au tour du groupe Bretzel d’attaquer son groupe de cibles flottantes. Soucieux de redorer le blason de l’escadrille et lui éviter d’être mutée sur Tiger Moth pour faire de l’épandage ou, pire, sur Defiant, Warpig s’emploie à effectuer des passes propres et bien réglementaires. Au même moment, un opérateur radio, après avoir entendu les conversations du groupe Karto, demande à son supérieur :
“Sir, do you know the meaning of the term suce-boules in French?
- No clue, but probably related to gastronomy…”


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Les passes s’enchaînent, avec ici Erel dans un style tout aussi académique. Certes moins efficace qu’un tronçonnage à l’hélice, mais qui a l’avantage de préserver les chances de survie non seulement du pilote de Spitfire, mais également de ceux des C-47 qui, en ce moment même, se demandent à quel moment exactement leur carrière avait merdé pour qu’ils retrouvent ici et maintenant.

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Et ça ne marche pas si mal, comme en témoigne l’état du planeur, passablement moins aérodynamique que quelques instants auparavant.

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Après avoir observé ses protégés, le leader K4ngoo plonge à son tour sur sa cible. Et preuve, s’il en fallait encore, que le karma est une traînée sans cœur, malgré une passe bien plus sécurisée que celles des copains du groupe Karto, ses mitrailleuses font sauter la profondeur d’un planeur…

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…qui vient percuter son moteur quelques instants plus tard. D’abord convaincu qu’il pourrait ramener son appareil en plané, le leader annonce que finalement, après réflexion, il serait probablement plus raisonnable de s’extirper rapidement de son piège et laisser la gravité laisser décider du sort de sa monture. Bon, OK, je romance un peu. Dans les faits, le débris ayant également découpé net sa dérive, et son Spit étant parti en vrille à plat peu de temps après, sa déclaration in extenso fut plutôt « Aaaaaaaaaaaahhhhhh putain de bordel eject eject eject ». Mais c’était à peu près l’idée.

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Le groupe Karto, déjà rentré à ce moment des faits, tue le temps comme il peut. « Tiens, c’est marrant, c’est quoi ces traces de peinture sur ton cône d’hélice, Bed ? »
Notez que Bed sera porté disparu après ces événements. Des rumeurs circulent sur une nouvelle affectation ultra-secrète, en rapport avec le nettoyage des latrines de toutes les bases de la Cornouaille à l’Ecosse. Ce serait un peu dur, avouons, et ses camarades espèrent qu’il pourra revenir dans le groupe avant que le front n’atteigne Berlin.

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Warpig, qui a repris le lead des Bretzels après le crash de K4ngoo, se présente en finale. « Fusée verte, signal qui confirme que les bières sont fraîches, c’est bon, on se pose ! ».
Au final, l’Etat-Major saluera la précision des tirs des Froggies, mais émettent quelques réserves sur leur discipline. Allez, plus qu’une épreuve, et le groupe Alsace pourra retourner au-dessus du sol natal et venger l’humiliation de 1940 !

Mission 3
Au cours des jours qui suivent, les Autruches Garnies se demandent ce qui pourra constituer la prochaine et ultime épreuve de l’examen. Tours de piste ? Check. On maîtrise l’appareil. Exercices de tir ? Check ! On arrive à mettre dans le mille et certains ont même prouvé qu’ils pouvaient se passer de munitions pour abattre des ennemis, et d’autres ont montré qu’ils savaient replier un parachute. Plus rien à prouver, quoi. Alors, cette dernière épreuve, qu’est-ce-que cela peut-il bien être ? Les spéculations vont bon train. Une course d’obstacles qui nous ferait traverser des anneaux enflammés ? Passer sous des hangars à plus de 300 mph ? Dessouder des vaches pour les steaks du soir ? (Non, Erel, non, ça n’est pas réaliste, calme-toi). Une semaine plus tard, le briefing tombe :
Exercice de navigation.
Au milieu de gueules de 3 mètres de long et d’un silence de cathédrale, les consignes sont livrées : trois checkpoints, le premier au-dessus du parc de Guilford, le deuxième au-dessus de la jetée du lac en 0111-6 et le troisième verticale de la tour de l’airfield de West Mailing. Une fusée verte sera tirée depuis ces sites pour valider chaque point de passage. Et c’est solo, en décollages décalés. Allez, haut-les-cœurs, les champions !

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Et pour couronner le tout, une véritable météo britannique en ce 19 janvier 1943. Le plafond est plus bas que dans une cave, le vent souffle en rafales du diable… Cette fois, plus aucun doute, cette mission sent l’extase à des kilomètres.
Oui, le Français est râleur, et il n’y a aucune raison que ça change alors que le pays est occupé par des bouffeurs de patates qui se bourrent la gueule avec notre champagne. MERDE.

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L’un après l’autre, les pilotes du groupe Alsace s’alignent sur le taxi, près à décoller en solo toutes les deux minutes.

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Altitude imposée pour la navigation : 3000 pieds. Non mais sans déconner, faut qu’on fasse de la navigation, ou de la divination ?
Oui, le Français est râleur, et il n’y a aucune raison que ça change quand on le nourrit avec de la viande bouillie à la menthe. N’insistez pas.

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Bon, on râle, on râle, mais faut reconnaître que la perfide Albion dans ces conditions climatiques, c’est à la fois et moche et beau.

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(Disclaimer : pour cette mission, l’auteur ne dispose quasiment que de photos de son propre avion. Il s’agit d’une contrainte technique, et non de la manifestation d’un ego surdimensionné qui serait à la fois mesquin et inutile, puisque tout le monde ici sait déjà qu’il est le plus intelligent, le plus beau, le plus raffiné et le plus modeste de tous les membres passés, présents et à venir de cette escadrille, n’est-ce-pas ?)

Premier checkpoint au-dessus de Guildford : validé !

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Et maintenant, cap vers le deuxième checkpoint et le beau temps, ouuuuaaaaaiiiis !
(Spoiler : le beau temps, c’est comme la réserve de munitions du Spitfire V, ça ne dure jamais très longtemps).

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Deuxième checkpoint validé ! Comme le disait Vaught dans son debriefing, une petite pensée pour les pauvres bougres qui se gèlent le sillon interfessier sur leur jetée pourrie au milieu d’un lac de film d’horreur pour balancer un flare toutes les deux minutes. On n’est pas ravis d’être dans cette météo dégueulasse, mais d’un coup, on relativise.

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Un peu plus tard, en revanche, plus compliqué de relativiser. Que la météo soit immonde et qu’on soupçonne l’Etat-Major d’avoir attendu des conditions de chiotte pour faire l’exercice, passe encore. Qu’ils s’amusent à changer les coordonnées du troisième checkpoint pour pimenter l’exercice, à la limite, bon. Mais quand au terme d’une navigation tape-cul, à se faire balader par des rafales à décorner les bœufs, à différencier un cours d’eau pourri d’un autre cours d’eau moisi, on trouve le nouveau point de passage et qu’on se fait accueillir par un flare rouge, synonyme de « Ah non bonhomme, c’est pas validé », là par contre, on peut commencer à sentir la Marmite monter au nez (oui, ils n’ont même pas de moutarde décente, les Anglais). Ils veulent que ça se transforme en exercice de tir, ou bien ???

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Suite à l’incompréhension entraînée par cette fusée rouge, Warpig s’éloigne et revient faire un second passage au-dessus de l’aérodrome de Derling. « Encore un flare rouge ? Mais ils sont complètement cons ou quoi ? »
Une rumeur prétend que Warpig aurait effectué un troisième passage, cette fois en rase-mottes, au-dessus du véhicule des contrôleurs, verrière ouverte, en hurlant « tacatacatac ».

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Après cette longue navigation solo, c’est agréable de revoir des copains ! Ceci est un heureux hasard lié aux reroutages dans diverses directions pour le dernier checkpoint, ainsi qu’au retard induit par l’alcoolisme de certains rampants équipés de pistolets de détresse.

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Dans sa maneuvre pour saluer ses équipiers rencontrés fortuitement, Warpig repasse sans s’en rendre compte au-dessus de l’aérodrome de Derling.
« Hey regarde, c’est encore ce connard de November-Lima-Whisky, qui passe son temps au pub à se moquer de notre gastronomie. Vas-y, balance toutes les fusées rouges qu’il te reste en stock, ça va le rendre dingue ! »

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La navigation se termine avec succès pour tout le monde, une performance saluée par l’Etat-Major qui, une fois tout ce beau monde posé, informe le groupe qu’il est confirmé apte au combat et qu’il est l’heure de rejoindre l’aérodrome de Manston, où ses premières missions de combat l’attendront. Enfin, après avoir fait un crochet par Derling pour un petit échange interculturel à coups de barre de fer, bien sûr.

Re: Campagne Groupe Alsace - Chapitre 1

Publié : 07 août 2025, 22:09
par AV_Vaught
Quelle plume !
J'ai bien rigolé, merci Warpig 😉

Re: Campagne Groupe Alsace - Chapitre 1

Publié : 10 août 2025, 19:22
par AV_Bolger
Tes compte-rendus sont toujours aussi bons et croustillants, Warpig. Quel plaisir de les lire, et (presque) les vivre. :bravo: et Merci.
C'est certain que la météo anglaise joue quelques fois avec les nerfs et la patience oh combien (re)connue des Frenchies.

J'attends avec impatience la suite de vos aventures.